Notre parole

Chers sans-sommeil, mes amis, ma famille,

Comme vous le savez, nous sommes mobilisés pour sauver l'émission allô Macha. Aujourd'hui, les décideurs qui veulent nous enlever notre Macha ne s'imaginent pas encore le cataclysme médiatique qui se prépare. C'est parce qu'ils ne savent pas encore qui nous sommes. D'ordinaire, nous ne faisons pas beaucoup parler de nous, nous, les sans-sommeil. Nous vivons tranquillement dans notre petit coin de province, des DOM TOM et de l'étranger, comme dirait ... l'autre ! ou de la capitale, sans ennuyer personne ni jamais troubler l'ordre public. Parmi nous, il y a bien quelques révolutionnaires, mais ce n'est pas la majorité. Un journaliste me demandait hier s'il y avait un profil du sans-sommeil. Rendez-vous compte ! Cela fait une semaine que j'ai démarré ce site de soutien à Macha, et je donne déjà des interviews ! Si Macha savait ça ! J'ai oublié de lui dire - et j'en profite maintenant - que nous sommes des gens plutôt timides et gentils. D'ailleurs, le jour, nous sommes souvent trop fatigués pour être méchants.

Mais aujourd'hui, nous sommes mobilisés. Les "sans" finissent toujours par se mobiliser, les sans-papiers, les sans-abri, les sans domicile fixe. Quand tous les malheureux pleurent ensemble en même temps, ça fait parfois désordre. Bah! nous vivons dans un monde organisé. A chaque fois, les choses se remettent en place après quelques temps, après la coupe du monde, après les vacances, après la rentrée, après les élections. Les directeurs de chaîne s'en viennent, les directeurs de chaîne s'en vont. Mais depuis vingt-neuf ans, Macha reste à son poste. Qu'il en donc soit ainsi ! On ne va pas changer l'organisation du monde maintenant. On m'a demandé aussi de définir Macha. Finalement j'ai dit : Elle est rassurante. Aujourd'hui, il y a tellement de gens inquiétants. Si l'on enlève le peu de gens qui rassurent, on va encore ajouter de la misère et du chagrin. Ça ne rendra service à personne.

Sans-sommeil... c'est un peu le contraire de sans-cœur. La nuit, le cœur doit battre différemment. Et puis, sans aller jusqu'à dire que nous formons une secte, nous avons des trucs pour nous reconnaître. Croyez-moi ! J'ai beaucoup voyagé dans l'ancien monde - je vous écris de Vancouver Island, tout au bout du Canada. Je suis allé dans des villes, j'ai dormi dans des endroits, j'ai appelé depuis des cabines téléphoniques. A l'époque, il y avait encore des cabines téléphoniques, et parfois la vie ne tenait plus qu'à une pièce. Lorsque je rencontrais un sans-sommeil, c'était comme si la vie redevenait possible. On m'a demandé si Macha s'en va, qu'est-ce qui me manquera. J'ai dit, vous savez, la vie est faite de moments. A certains moments, il ne nous manque rien. A d'autres, nous manquons de tout. Mais la question ne se pose pas, car Macha ne va pas s'en aller, du moins pas aujourd'hui, pas à la rentrée de septembre et pas dans ce climat délétère - un mot à la mode - et cette situation absurde qui prédominent depuis qu'est tombée la décision de son départ.

Nous, les sans-sommeil, nous avons pris la décision contraire. Nous n'avons rien à dire. Eh bien, nous allons le dire quand même. France Inter nous a appris à écouter la différence. Alors nous allons faire entendre notre différence. Ce sera décision contre décision, parole contre parole. Voici comment.